Samedi matin, nous avons senti la fumée
À la campagne, en été, cette odeur ne rappelle pas un barbecue.
Elle évoque le feu.
J’ai déjà vu des chaumes de blé s’embraser en quelques minutes et des carcasses de moissonneuses calcinées au milieu des champs.
Le feu peut partir de presque rien.
Je suis donc monté sur le plateau, jusqu’en haut du Dromadaire, le point culminant du Domaine.
De là-haut, la vue porte à 360 degrés, sur une bonne dizaine de kilomètres.
Rien.
Pas la moindre fumée à l’horizon
Je redescends.
Et, par moments, l’odeur revient.
Comme nous vivons dehors, nous sommes souvent loin des informations qui effraient la France :
je ne savais pas encore que des incendies ravageaient la Gironde et les Landes.
Leurs fumées avaient parcouru des centaines de kilomètres avant d’arriver jusqu’à nous.
Il serait tentant de se rassurer :
« C’est en Gironde. Ici, nous sommes dans le Lot. Un tel feu ne pourrait pas arriver ici. »
Ce serait faux.
Le Domaine de Saint-Géry pourrait brûler lui aussi
S’il était abandonné pendant dix ans, les ronces envahiraient les parcelles et les chemins disparaîtraient.
Les herbes sèches, les broussailles et les branches s’accumuleraient.
Peu à peu, le paysage se refermerait.
La véritable question n’est donc pas :
« Un feu peut-il partir ? »
Oui.
Une étincelle, une imprudence ou la foudre peuvent suffire.
La question est plutôt :
"Que rencontre le feu après son départ ?"
Chez nous aussi, le paysage est sec.
Particulièrement cette année.
Mais il ne forme pas une seule masse fermée.
Les chênes truffiers sont espacés.
Entre les arbres poussent du blé, de la vigne, parfois de la lavande ou de l’herbe pâturée.
Plus loin se succèdent les céréales, les truffières, les oliviers, les pâtures, les bois et les chemins.
Les cultures découpent l’espace
Le feu ne rencontre donc pas partout la même végétation, à la même hauteur et dans la même densité.
C’est un paysage en mosaïque.
Le résultat direct de l'héritage de la polyculture et du pastoralisme.

Les champs de blé découpés par les rangs de
vigne, chênes truffiers, et pruniers
Nos agneaux y contribuent chaque jour
Camille les déplace quotidiennement dans les truffières et dans certains bois.
Ils mangent les herbes, les ronces, les jeunes pousses, les feuilles basses et les rameaux qui se trouvent à leur portée.
Après leur passage, il reste beaucoup moins d’herbe sèche haute et de broussailles susceptibles d’alimenter un feu.
Ces agneaux nourriront notre table
Et, dans le même mouvement, ils entretiennent le territoire qui les nourrit.
Le pastoralisme n’est donc pas une animation destinée à amuser les hôtes.
Il participe au fonctionnement du Domaine : aux sols, aux truffières, à la cuisine et à l’entretien des parcelles.

Nous entretenons également les bois par des coupes sélectives
Les bûches chauffent les bâtiments du Domaine.
Les petites branches sont broyées pour produire le bois raméal fragmenté utilisé au potager.
Ce qui pourrait rester au sol et s’accumuler nourrit ainsi la terre ou chauffe la Maison.
Enfin, il y a les chemins
Douze kilomètres de chemins entretenus parcourent les soixante-dix hectares du Domaine.
Un chemin n’arrête pas nécessairement un incendie.
Les flammes peuvent le franchir.
Mais il permet de voir, de passer et d’agir.
Nous parcourons chaque jour le Domaine pour déplacer les animaux, surveiller les cultures, rejoindre les bois ou travailler dans les parcelles.

Soyons clairs :
L’herbe sèche brûle.
Un départ de feu reste possible.
Un vent violent peut tout emporter.
Personne ne commande le feu.
Notre travail agit seulement sur ce qui dépend de nous :
maintenir le territoire ouvert, réduire l’accumulation de végétation, conserver les bois accessibles et surveiller les parcelles.
Quand vous séjournez au Domaine, vous voyez un paysage calme
Des arbres, des prairies, des cultures, des chemins et du silence.
Vous pourriez croire qu’il est resté ainsi naturellement.
En réalité, ce calme apparent est le résultat de milliers d’heures de travail continu.
Nos hôtes Maëva, Lucien et Line l’ont formulé mieux que nous :
« L’extrême attention et réflexion portée à chaque acte est admirable. »
C’est exactement cela.
Le paysage ne respire pas parce que nous l’avons laissé tranquille
Il respire parce que nous nous en occupons.
Au Domaine de Saint-Géry, le même travail produit des céréales, des truffes, du vin, du bois de chauffage et la viande de nos agneaux.
Il produit aussi des chemins, un paysage ouvert et les conditions d’un séjour paisible.
Ici, vous ne venez donc pas seulement dormir au calme ou admirer la campagne.
Vous pouvez parcourir ces chemins, traverser les truffières, longer les vignes, voir les agneaux travailler sous les arbres, puis retrouver, le soir à table, ce que ce même Domaine a produit.
C’est cette continuité que vous venez vivre pendant quelques jours.
Découvrir les chambres et préparer votre séjour au Domaine

Patrick Duler
Fondateur de la Maison Duler
P.S. : Si cette lettre a touché quelque chose en vous, alors vous êtes peut-être déjà des nôtres.
Je partage régulièrement ce regard libre et sans détour sur les dérives industrielles de l’agriculture et de la filière agroalimentaire. Je mets en lumière cet égarement qui atteint même les restaurants étoilés et les guides gastronomiques.
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