La Nuit de Saint-Géry du 22 août était presque terminée.
Presque.
Alain s’est mis à chanter « C’est un mauvais garçon » dans la cuisine.
Autour de lui, il y avait les convives, les cuisiniers, les verres, et les vins de Jean-Luc Baldès.
À la fin, tout le monde applaudissait.
Ce n’était pas très solennel. Tant mieux.
Une Nuit de Saint-Géry se passe aussi comme ça
Quelques heures plus tôt, la maison battait un autre rythme.
Sarah Mainguy et Romain Perrollaz étaient en cuisine, Jean-Luc Baldès avait apporté les vins du Clos Triguedina et le groupe de jazz ODE Trio jouait sur la terrasse.

à Romain Perrollaz et Sarah Mainguy
Dit comme ça, on dirait une belle affiche.
Mais ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse.
Ce qui m’intéresse, c’est comment toutes ces personnes sont arrivés là
Romain, par exemple, connaissait déjà le Domaine de Saint-Géry.
Il était venu en 2023, suivait depuis quelques années ce que nous faisions ici et avait goûté notre jambon.

Et il avait commis une imprudence :
il en avait parlé à Sarah.
À l’époque, ils travaillaient encore ensemble à Freia* à Nantes
Mais Sarah, elle, n’avait jamais goûté notre jambon.
Quelques jours avant la Nuit, notre fille Camille lui demande ce qu’elle a envie de découvrir en arrivant.
Elle répond sans hésiter :
Le jambon.

un de nos convives impatient de goûter le prochain plat
Pas la maison, les truffières.
Pas le chai.
Le jambon.
Ça me plaît beaucoup.
Un jambon peut voyager sans quitter la cave.

sous l'œil bienveillant de notre fils Louis-Dominique
pendant la Nuit de Saint-Géry du 22 août
Jean-Luc Baldès arrivait par un autre chemin
Ses vins sont à notre carte depuis 40 ans et il avait déjà participé à une Nuit de Saint-Géry.
Lui revenait.

l'histoire de sa cuvée spéciale Probus 2008 aux convives
Gabriel Ferrari, avec le groupe de jazz ODE Trio, était presque dans la situation inverse
Il avait vu quelques photographies.
On lui avait parlé du Domaine.
Pour le reste, il allait découvrir.

Et puis il manquait encore les chemins les plus importants
Les vôtres.
Parce qu’on peut mettre Sarah Mainguy, Jean-Luc Baldès et ODE Trio sur une affiche.
On peut même imprimer l’affiche en très gros.
Ça ne fait toujours pas une Nuit de Saint-Géry.
Il faut des curieux qui viennent.
Qui goûtent, boivent, écoutent.
Qui parlent avec ceux qu’ils ne connaissaient pas deux heures plus tôt.
Et qui, à la fin, se retrouvent dans la cuisine pendant qu’un mauvais garçon chante "C’est un mauvais garçon" de Henry Garat
Voilà déjà davantage l’idée que je me fais d’une Nuit de Saint-Géry
Pas regarder de loin des gens dont on connaît le nom.
Mais être là quand quelque chose se passe entre eux.
Et parfois avec eux.
C’est pour cela que nous ne pourrions pas “refaire” la Nuit du 22 août.
Même avec les mêmes personnes.
Elle appartenait à ceux qui étaient là.
Et elle a déjà commencé à produire autre chose.
Avec Sarah, nous avons acté un match retour à Freia*
Probablement vers mars 2027.
Cette fois, nous irons chez elle.

La trajectoire était simple :
Romain Perrollaz est venu au domaine.
Il a parlé du jambon à Sarah Mainguy.
Sarah est venue et a cuisiné ici.
Et maintenant l’histoire repart à Nantes.
Je préfère largement ça à une collection de noms sur une affiche.
La prochaine Nuit de Saint-Géry n’a pas encore de date précise
Je ne sais pas encore qui sera en cuisine.
Ni quels vins seront ouverts.
Ni, heureusement, qui se mettra à chanter à la fin.
Ce que je sais, en revanche, est simple :
- il n’y en aura pas beaucoup,
- il n’y aura qu’une soirée,
- et elle n’existera que pour ceux qui seront là.
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tout en observant les chefs cuisiner sous leurs yeux le plat suivant
Patrick Duler
Fondateur de la Maison Duler















